Seulement ceux qui prendront le risque d’aller trop loin découvriront jusqu’où on peut aller
T.S. Eliot
Entreprises et artistes, nous sommes des créateurs. Même un être humain est un créateur puisqu’il fabrique son futur. C’est le propre de l’homme, de fabriquer ce qui n’existe pas.
Il n’y a pas de différence fondamentale entre la culture, les créations visuelles, sonores, de cinéma, de théâtre, de danse, de musique, de peinture, et la fabrication d’un produit inventé, façonné par une entreprise.
Certes, certaines se rapprochent parce que plus artisanales, mais l’élan profond est, j’en suis convaincue, le même. L’envie, la curiosité, l’aventure font partie de l’histoire des hommes.
J’ai eu le bonheur et la chance de travailler pour Nicolas Feuillate, et de faire un film promotionnel sur son entreprise. D’accord c’est une coopérative, encore d’accord il aime l’Art visuel contemporain, dont il recouvre ses murs d’usine, livrant aux ouvriers des tableaux devant lesquels ils passent et repassent. C’est une façon idéale de connaître, de s’approprier la peinture, encore plus la peinture contemporaine. Elle est là, au sein de l’entreprise, prête à être vue, regardée. Les toiles sont venues à eux, pas l’inverse. Personne n’a été obligé, en petits groupes dissipés, de faire une sortie « culture » souvent prise comme une corvée.
Non, là le personnel de l’usine regarde quand il veut, souligne une couleur, tiens qu’il n’avait pas vue la dernière fois. Les gens du site m’ont sidérée car leur esprit critique s’était développé d’une façon incroyable, et certains me disaient « j’aime moins ses nouvelles toiles, ce qu’il faisait il y a deux ans me plaisait davantage ». Il s’agissait de peinture, il aurait pu s’agir de théâtre par exemple.
Imaginons seulement, un chai qui ne sert plus, un ancien séchoir à tabac sur le terrain d’une entreprise, des répétitions d’une compagnie, d’une troupe en Work In Progress. Avec la possibilité pour le personnel d’assister aux répétitions. Le spectacle livré, j’en suis convaincue, n’aura pas du tout la même valeur, la même saveur qu’un spectacle « fini ». L’idée même de la création reprend des lettres de noblesse. Le geste professionnel, la façon, le savoir-faire, tout le monde comprend ça.
Nous sommes prêts à aimer nos pairs dont les priorités sont loin des nôtres, à condition de trouver le lien. Le lien c’est l’esprit humain. Je pense que l’on peut travailler plus étroitement ensemble, mêler nos envies.
Le public qui ne va jamais au théâtre est nombreux. Les acteurs qui ne savent pas bien ce qu’est une entreprise aussi.
Soyons meilleurs ensembles.
La création, c’est mieux à deux, comme l’amour.