1/Les belles rencontres
En 1787, Ferdinand Von Waldstein, comte allemand, fortuné et musicien amateur, rencontre à Bonn un jeune musicien de 17ans, un certain Ludwig Beethoven. Ébloui par sa dextérité, il se propose aussitôt de l’aider et surtout, finance son premier voyage à Vienne, afin qu’il y rencontre… Mozart !
Par un bel après-midi de juin, alors qu’Amadeus joue aux cartes avec des amis, en galante compagnie, il voit débarquer chez lui le comte avec un gamin tout timide. La corvée !
Il a complètement oublié cette lettre qui lui annonçait la venue de ce jeune Beethoven de Bonn ; encore un « petit Mozart », comme on lui en présente chaque semaine depuis trop longtemps.
A contre-cœur, il se lève de sa table et entraîne le garçon dans sa pièce de musique, devant son piano-forte. Joue ! Beethoven s’exécute, le cœur battant.
Il a préparé cette rencontre depuis si longtemps, qu’il exécute une pièce d’une difficulté exemplaire pour étaler sa virtuosité. Mais le jeune Beethoven sent que ses notes n’atteignent pas le cœur du Maître. Alors dans un éclair de génie, il demande à Mozart :
« Jouez-moi un air, et j’improviserai dessus. »
Mozart, amusé, jette quelques notes sur le clavier. Beethov s’en empare, et il explose littéralement le thème.
Mozart médusé, ouvre la porte de son cabinet et dit à ses amis : « Écoutez bien ce nom, Beethoven. Le monde entier en entendra parler… »
C’est en improvisant que le jeune Ludwig a fait reconnaître son génie au dieu vivant Mozart, mais c’est surtout grâce au comte Ferdinand von Waldstein que cette rencontre mythique a eu lieu.
2/ De la commande, naît l’invention.
Car plus que subvenir aux besoins d’un artiste, le mécène, souvent est à l’origine de projets et de rencontres musicales capitales.
Bach a composé un chef-d’œuvre de liberté à la demande du jeune claveciniste Johann Goldberg qui devait jouer des nuits entières pour son maître insomniaque, l’ambassadeur Keyserlingk.
Le comte Esterhazy, pendant 30 ans, a commandé à Haydn trois musiques par jour pour égayer ses réceptions le jour et ses fêtes la nuit.
Louis II de Bavière finance Wagner et son projet d’opéra total à Bayreuth, ainsi que le sultan ottoman Abdülaziz qui a participé à la production d’Aida de Verdi et qui a offert de nombreux pianos aux conservatoires d’Europe ainsi que des stradivarius !
Diaghilev au début du 20ème siècle commande et révèle des œuvres qui sont devenues des chefs d’œuvre absolus, permettant (entre autres) à Stravinsky, Debussy, Ravel et Prokoviev d’acquérir une renommée à la mesure de leur talent.
Enfin, la baronne Pannonica de Königswarter, née Rothschild, accueillera toute la scène du be-bop -dans son hôtel particulier de New-York, Thelonious Monk, Bud Powell, et Charlie Parker, qui mourra chez elle dans un éclat de rire devant un show télévisé.
3/ Un ticket pour l’éternité…
La 23 ème Sonate de Betthov s’appelle la Waldstein, Esterhazy est devenu une légende, Louis II n’est reconnu que pour Bayreuth, et enfin un standard étudié dans toutes les écoles de jazz est nommé Nica’s Dream (pour Pannonica…)
En associant une entreprise à des créateurs, on valorise son image de marque. Un créateur d’entreprise a le même titre créateur de symphonies.
Les valeurs de l’entrepreneur sont celles du compositeur : rassembler, être à l’écoute, avoir une vision, capter l’air du temps pour le proposer à la foule qui reconnaît son rêve qu’elle n’arrivait pas à nommer.
Le modèle culturel français, unique au monde, que nous devons à Malraux et de Gaulle, a besoin aujourd’hui du dynamisme des entrepreneurs.
La culture est le dernier lieu où l’on ressent la joie d’appartenir à un ensemble. Quel que soit le nombre d’individus, il n’a qu’un esprit. Et cet esprit naît grâce à celui qui l’insuffle.
Un mécène, c’est un démiurge°… Le mot « démiurge » vient du grec ancien dêmiourgos (δημιουργός), qui signifie littéralement « artisan », « créateur », ou encore « celui qui travaille pour le peuple » (dêmos = peuple, ergon = œuvre, travail).