Sans les soutiens privés la musique que je défends n’existera bientôt plus. La sortie d’un enregistrement de classique ou de jazz qui va faire par exemple 10000 streams sur une plateforme (ce qui au temps du disque permettait de produire et même de gagner sa vie) ne rapporte plus à ses créateurs aujourd’hui qu’à peine 1€… De la même manière, les salles de musique classique ou les orchestres symphoniques, qui vivent selon un modèle économique qui rend leurs concerts inrentabilisables (faute des effectifs nombreux et des coûts de production élevés qui en découlent) ne peuvent aujourd’hui survivre sans des financements privés.
Les petites et moyennes entreprises jouent un rôle essentiel dans le tissu économique local. Trop souvent perçues comme éloignées du monde de l’art, elles disposent pourtant d’un potentiel considérable pour soutenir des projets artistiques et en retirer de nombreux bénéfices, à la fois humains, économiques et en termes d’image.
Accompagner un projet artistique ne signifie pas nécessairement un investissement financier lourd. Il peut s’agir de mécénat, de partenariats, de mise à disposition de locaux, ou encore de soutien logistique ou technique. En s’associant à des artistes, les PME deviennent des acteurs culturels à part entière, capables de faire émerger ou de valoriser des artistes de leur région.
Pour elles, les avantages sont multiples. Tout d’abord, le soutien à l’art contribue à leur image auprès du public, des partenaires et des collaborateurs. Elles se positionnent comme entreprises engagées, ouvertes à la créativité et soucieuses de leur environnement culturel. Cela renforce leur attractivité, notamment en matière de recrutement, dans un contexte où les valeurs et l’identité d’une entreprise comptent de plus en plus. Par ailleurs, l’art est un formidable levier d’innovation. En confrontant les univers, les artistes apportent des regards nouveaux, des approches différentes qui peuvent inspirer des solutions originales ou nourrir une dynamique de changement au sein de l’entreprise. Enfin, le soutien à la création artistique peut renforcer la cohésion interne : organiser un projet artistique collectif, impliquer les salariés dans une démarche culturelle, c’est aussi créer du lien, stimuler la fierté d’appartenance et favoriser une meilleure qualité de vie au travail.
Depuis 30 ans, j’ai une relation privilégiée avec un chef d’entreprise, Éric Fouassier, qui dirige un groupe de négoce de fourniture de matériel pour les professionnels du bâtiment et de l’industrie. Son activité n’a donc rien à voir de près ou de loin avec le milieu artistique. Pourtant, j’ai rencontré un homme, qui, passionné de spectacles, m’a demandé très vite comment il pouvait m’aider. Il est devenu le principal partenaire de ma société de production, et je crois ne l’avoir jamais vu manquer un de mes spectacles, être émerveillé pendant le processus de répétitions, assister à la naissance de chaque œuvre. Il a soutenu plusieurs de mes créations et a voulu inviter à chaque fois ses collaborateurs aux premières, créant ainsi avec eux un supplément d’âme, un levier de transformation, de sens et de lien. Il m’a également poussé à faire des conférences devant les dirigeants d’entreprises sur le thème « chef d’orchestre, un chef d’entreprise ». C’est vrai que les similitudes sont grandes. Le chef d’orchestre dirige une équipe de personnalités aussi différentes que les instruments qu’ils jouent, et il doit créer la cohésion, faire accepter et transmettre la vision qu’il a d’une œuvre. Il s’agit de prendre le pouvoir et les décisions, mais avec psychologie et détermination, sans quoi le rapport entre le chef et ses musiciens peut s’avérer conflictuel et contreproductif.
Suivant l’exemple d’Eric, il faut pousser les PME à soutenir les artistes pour faire continuer à vivre un art qui change et embellit la vie.